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The Book édition

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_Premier chapitre_

 

Automne 1978, les surplus américains se vendaient plutôt mal sur les marchés du Périgord près de Bergerac, faire le caniche derrière les placiers et les arroser pour mendier une place merdique commençait à me raser au plus haut point.

Ces deux facteurs, ainsi que l'hiver pointant le bout de son nez gelé me font prêter une oreille attentive aux propos de mon copain Doudou qui avait ramé tout l'été pour vendre ses « véritables » souvenirs africains.

Il repart bientôt au Sénégal par la route en passant par la Mauritanie dans une 404 Peugeot d'une dizaine d'années ; Achetée 1000 francs français=150€, il la revendra, une fois arrivé, entre 600.000 et 700.000.francs C.F.A*, soit 12.000 à 14.000 FF=2134€ après 7 à 10 jours de voyage.

Dans ma tête le calcul est vite fait, je me dis que ça rapporterait plus que les marchés, avec l'avantage de voir du pays, d'être au chaud et de ne plus supporter les gueules d'empeignes citées plus haut.

Aussi sec, je vais acheter une carte de l'Afrique du nord-ouest ; l'ayant dépliée, je lui demande de me situer la route par où passer, mais il ne sait pas lire une carte.

Cette lacune palliée par une excellente mémoire, je me fais expliquer le chemin, les noms des villes traversées, où passer la Méditerranée, enfin, tous les renseignements que je peux lui soutirer, j'apprends ainsi que les voitures les plus cotées sont des Peugeot 404 plateau ou familiales à carburateurs, ces modèles rustiques et solides permettant de faire des taxis-brousse (premier mot africain appris en ce frileux matin d'automne).

Dans le quart d'heure suivant, c'est décidé, nous convenons qu'une fois mon matériel de marché vendu, je me pointerai le voir à Saint-Louis du Sénégal avec un véhicule automobile sorti des chaînes de la maison Peugeot, lui, se chargeant de me le vendre moyennant une commission.

Sur ce marché, un type sympa vendait un peu de tout, je lui propose d'acheter mon stock, il passe l'après-midi même le voir et me fait une proposition d'autant plus honnête qu'il paie tout en liquide!

Je demande à une amie dont le frère est garagiste s'il peut me trouver une 404 entre 1000 et 2000 francs en très bon état car la traversée de la Mauritanie comporte une bonne partie de désert.

Le lendemain, elle me dit que j'ai de la chance, il est disposé à me vendre sa propre 404 familiale 3000ff=457€, c'est cher, mais le type me certifie qu'il s'en sert tous les jours et qu'elle fonctionne parfaitement, je la prends, même si c'est le double de ce que je comptais mettre.

Préparer les quelques outils dont je disposais, glaner cinq fûts vides de trente litres chacun ; embarquer des affaires dans la voiture, celles que je laisse hors de portée des visites nocturnes, (car j'habite une petite maison isolée), ne me prit qu'une journée.

Salut aux amis, dont l'un me demande d'aller saluer son frère à Abidjan, je prends l'adresse pour lui faire plaisir tout en me disant que j'en serais éloigné au bas mot de 2000 kilomètres, puis, par un bel après-midi, je fais monter mon chien Athos (gros bâtard de griffon au poil noir et dru de 35 kilos tout sec) dans la voiture, direction le Sénégal.

Aux environs de St-Jean-de-Luz, dans un virage, le voyant d'huile s'allume, pourtant je suis sûr d'en avoir fait le niveau avant de partir ! Après m'être arrêté, je tire la jauge, il manque pratiquement un litre d'huile après seulement 200 bornes, cet enfoiré de garagiste m'a refilé une belle voiture avec le moteur lavé! Que je sois l'ami de sa sœur et l'aie achetée pour partir en Afrique sans en marchander le prix ne l'a pas gêné, quel chien !!!

De toutes façons, c'est parti, je continue en me disant que le budget huile qui n'était pas prévu au programme ne va pas m'arranger.

Dans un supermarché j'achète 5 litres d'huile la plus épaisse possible, quelques boîtes de pâté, du saucisson ; pour casser la croûte, la charcutaille c'est ce qu'il y a de mieux, et dans les pays musulmans je pense avoir du mal à en trouver.

En bas de l'Espagne, traversée de la Méditerranée par Algeciras-Ceuta; cette dernière ville étant une enclave espagnole en territoire marocain, l'essence et l'alcool y sont détaxés, je fais le plein de mes bidons d'essence, d'huile moteur et prends une bouteille de whisky.

A la sortie de la ville, passage de la frontière espagnole fluide, celle du Maroc par contre est encombrée de voitures surchargées, notamment de gros électroménager, je vais à pied chercher une fiche sur laquelle on doit noter le numéro de passeport, de voiture etc......

Je retourne à mon auto, remplis le formulaire tout en avançant petit à petit ; arrivé devant le poste, j'apporte cette fiche et mes papiers, le policier appose un tampon figurant une voiture sur une page prise au hasard de mon passeport, ce mépris de la chronologie est courant dans beaucoup de pays africains, avec une prédilection pour les dernières pages dans les pays arabes. Le tampon avec la petite voiture m'obligera à sortir du territoire avec mon véhicule.

Les douaniers ne fouillent pas l'auto, me demandent ce que j'ai dans mes bidons, que je passe avec 150 litres d'essence sur la galerie ne pose pas de problème, me voilà au Maroc!

Aussitôt, je prends la route direction le Sénégal ; Rabat, Casablanca, il y a des barrages de police régulièrement espacés avec herses commack...!!!

Le long de la côte, les pêcheurs lèvent à bout de bras de magnifiques poissons pour les vendre, apparemment, ce sont des dorades et bars. Les chèvres montent dans les arbres, jusqu'au bout des plus petites branches pour en manger les feuilles.

Après Agadir, la route devient moins large, un camion à ridelles bourré de types en goguette et roulant à tombeau ouvert déboule au milieu d'un haut de côte, je suis obligé de me balancer sur le bas-côté pour ne pas le prendre en pleine tronche!

Des gens font du stop, je finis par prendre un jeune garçon en pleine pampa, nous faisons une cinquantaine de bornes, il me dit habiter une petite oasis et me demande de le déposer chez lui, puis m'invite à manger, la journée finissant, je me dis que ce n'est pas une mauvaise idée.

L'oasis en question n'est pas exactement à côté de la route, le chemin qui y conduit n'est pas des meilleurs, mais pour la voiture c'est une petite mise en train.

Après 2 où 3 kilomètres d'une voie poussiéreuse, nous arrivons dans un paradis de verdure et de palmiers parfaitement irrigué par de petits canaux entrecroisés, le gamin me présente ses trois grands frères et cousins qui, après avoir un peu tourné autour du pot, me demandent si j'ai de l'alcool, je sors ma bouteille de whisky et nous prenons l'apéro sous les dattiers, puis ils veulent absolument m'amener voir un vieux berger qui a de vieux bijoux à vendre, j'ai beau leur dire que je n'en ai pas besoin, devant leur insistance, je les accompagne en râlant un peu.

Nous marchons un ou deux kilomètres dans la campagne aride, et arrivons à une petite cabane très basse, sise dans un enclos fait de branches d'épineux où se trouve un troupeau de chèvres et moutons, sans franchir la barrière, mes guides tapent dans leurs mains pour appeler le maître de céans.

Apparaît un vieux bonhomme en burnous, canne à la main, il nous invite à entrer dans sa cahute, puis à nous asseoir sur des tapis, sur un petit poêle à charbon de bois en terre, il nous prépare un excellent thé à la menthe très sucré tout en posant des tas de questions par le truchement des copains ; lorsqu'il demande combien j'ai mis de temps pour venir de France, je lui réponds deux jours, il dit quelques mots comme se parlant à lui-même, je demande la traduction, il m'est répondu qu'il pensait que la France était beaucoup plus loin, l'interprète me disant au passage que le "vieux" calcule en jours de marche à chameau, je ne dis rien, tout en pensant que l'un des deux me prend pour un gland.

Le soir tombe tandis que nous discutons en buvant le thé, mes hôtes commencent à s'impatienter, ils disent quelques mots au bonhomme, celui-ci sort d'un petit sac quelques bracelets, colliers, bagues, apparemment anciens ; bien que pas très chaud, j'entame la discussion pour lui faire plaisir tout en disant que nous ne pourrons que troquer car la route est encore longue et que j'ai besoin de tout mon argent liquide, cela lui convient, je choisis quelques pièces que je trouve sympas et qui s'avèreront plus tard être anciennes et d'argent massif.

Nous repartons vers l'oasis, arrivés à la voiture, nouvelles palabres, il choisit parmi mes vêtements ce qui lui va et lui plaît : une paire de chaussures, un ou deux tricots, une veste, deux où trois chemises et le vieux berger est content, je pense que tout s'est bien passé, il n'a pas été gourmand, moi pas chien ; Nous nous serrons la main pour sceller le marché, je donne une ou deux chemise de leur choix à chacun de mes hôtes car ils en ont visiblement envie, puis nous allons tous dans une grande salle au sol couvert d'épais tapis, sur lesquels nous nous asseyons, on nous amène un grand plat d'un très bon couscous sur une table basse.

L'ayant goûté, je demande quelle est la viande succulente qui l'accompagne, c'est du jeune chameau.

Après ces agapes, le pasteur retourne à son enclos après m'avoir longuement souhaité un bon voyage ; vraiment gentil le petit père !

Dès qu'il est parti, la bouteille de whisky refait surface, nous nous remettons à la faire souffrir ; après lui avoir fait un définitif mauvais sort, les amis m'invitent à dormir, ils sortent des couvertures en poils de chameaux, raides et rugueuses, mais très chaudes.

Tout le monde se couche sur des bas-flancs-sièges faisant le tour de la pièce, deux minutes après, je dors comme un loir.

Le lendemain matin, réveil à l'aube, j'ai la tronche un peu enfarinée et la lumière est dure à supporter, mais, une fois la porte ouverte, la fraîcheur matinale, le chuchotement de l'eau circulant dans les petits canaux d'irrigation ainsi que les piaillements de milliers d'oiseaux ont tôt fait de me dépoisser la menteuse.

Nous nous promenons un peu dans l'oasis, puis on m'invite à partager le petit déjeuner.

Nous retournons à la salle commune, plions les couvertures que nous remisons dans les bas flancs dont le dessus sert de couvercle ; pendant ce temps, une jeune fille charge la table basse de notre petit déjeuner, c'est du sérieux ! Thé, dattes, miel, pain trempé dans une huile d'olive très forte et très verte (tous ces produits cultivés et transformés sur place), les amis se font un vrai festin, pour ma part, ça a du mal à passer, alternant l'huile d'olive et le miel avec le thé, j'arrive tout de même à me sustenter suffisamment pour pouvoir envisager de poursuivre mon voyage.

Au moment de partir, la voiture se fait tirer l'oreille pour démarrer, les bougies doivent commencer à être encrassées ; l'un de mes hôtes me dit de ne pas insister, me demande un tournevis, défait la durit d'air du carburateur, me demande d'actionner le démarreur tout en bouchant l'arrivée d'air avec sa main, après quelques tours, il l'enlève d'un seul coup, le moteur démarre comme un grand ! Je remercie et salue tout le monde.

La route est de moins en moins empruntée, je reste souvent sans croiser une voiture durant des dizaines de kilomètres, je m'arrête dans les petits villages pour manger des plats sentant bon la coriandre, essentiellement des ragoûts de mouton aux lentilles ou haricots ; Le matin, du café au lait avec des petits pains ressemblant à nos pains au lait et la route continue à défiler; voulant faire de l'essence, impossible d'ouvrir les fûts, le carburant a apparemment soudé les robinets de plastique rapportés sur le métal du bidon ; armé d'un fort couteau et d'une godasse, je pratique une ouverture dans le haut d'un tonneau en faisant une prière pour qu'il n'y ait pas d'étincelle ; l'opération se passe bien, en siphonnant, je régale mon réservoir.

Les barrages se font de plus en plus fréquents, toujours avec des herses repliables armées de longs pics acérés en travers de la route.

Goulimine, la ville est en pleine effervescence : automitrailleuses, chars, camions bourrés de soldats visiblement sur le pied de guerre, des véhicules militaires explosés, rapatriés sur le côté de la route ; je ne m'attarde pas, à la sortie de la ville, re-barrage, mais là, gros problème, les bidasses ne veulent pas me laisser passer, les Africains se rendant dans leur pays le peuvent à condition d'être en convois encadrés de véhicules blindés ; en France, j'avais bien entendu parler de divergences de point de vue avec le front Polisario, sur le terrain c'est autre chose!

Je demande quand part le prochain convoi, il m'est répondu que de toutes façons les Européens n'ont pas le droit de passer ; cela me paraissant extravagant, je demande à parler au chef de poste qui me confirme l'information ; j'ai beau insister, je me rends compte que les ordres viennent de beaucoup plus haut, les types obéissent aux consignes, et vu le contexte de tension dans le coin, une dérogation ne peut pas venir du chef de poste ; je reviens en ville, vais au quartier général, demande à parler au big chef, il est occupé, mais son secrétariat me confirme que les ordres viennent directement de Rabat et que l'autorisation ne peut être obtenue que là ; j'insiste, faisant comprendre que c'est un aller-retour de 1500 kilomètres, le type est désolé, mais visiblement, ce sauf-conduit ne peut être délivré qu'à la capitale ; le moral à zéro, je reprends la route dans l'autre sens.

Rabat, je commence les démarches pour me procurer le précieux document dans des bureaux qui me renvoient de l'un à l'autre.

Je me pointe au consulat de France pour être éclairé de ce qu'il en est exactement de la situation puisque je ne peux obtenir aucun renseignement de la part des bureaucrates marocains.

Si vous n'aviez besoin de rien, il fallait aller directement au consulat de France vous étiez vite servis (je ne sais pas si cela a changé) ; pas la peine d'y aller, vous dérangiez ces messieurs-dames qui ne connaissent rien de ce cas de figure et n'ont absolument pas l'intention de s'en inquiéter.

Toutes ces démarches me prennent plus d'une semaine, je dors dans la voiture près d'une plage qui, dès 17 heures est complètement déserte ; je me fais des copains, des jeunes Marocains, puis un Français d'une cinquantaine d'années qui vient le matin s'y entraîner au lancer de boomerang, la solitude se fait moins sentir ; chaque jour à la fraîche, (car au fil du temps, l'air se fait de plus en plus froid le soir et le matin) il m'initie à son hobby.

Ma réserve de papier-cul est finie, dans les cafés, les chiottes sont souvent très sales, avec une vasque à la turque, à portée de main lorsqu'on est accroupi, il y a un robinet prolongé d'un tuyau dont l'usage est évident, il sert à se laver le cul. Je me dis que les gens du coin pratiquent de cette manière depuis des temps immémoriaux et n'ont pas l'air de s'en porter plus mal, il faut s'y mettre ! Comme dit l'autre, c'est le premier coup qui compte, c'est un peu dur, mais quand c'est fini, je trouve que ce système est bien plus efficace que le pécul, on a le derrière parfaitement propre.

Le midi, les bureaux étant fermés, je me promène sur les bords de mer, voyant des pêcheurs sur une jetée, je sors mon matériel de pêche et essaie sans résultat de prendre quelque bestiole dotée de nageoires ; cet exercice me permet de me faire un autre copain, un vieux Français, pêcheur acharné, il est là tous les jours, mais lui, il sort régulièrement d'assez belles pièces, appâtant avec ce qu'il appelle des « patates » ; je ne sais si cette chose à peu près ronde et abominablement puante quand on l'ouvre est d'origine animale ou végétale, en tout cas morte, grosse comme un poing d'homme, échouée sur la plage et faisandant depuis longtemps au soleil ; quand nous les ouvrons, il en sort un peu de matière solide au milieu d'un jus nauséabond ; accroché à l'hameçon, cela constitue le secret d'un appât de premier ordre qui lui permet de faire ses pêches admirables.

Tous les jours, nous nous retrouvons sur la jetée, peu de temps après, il m'invite à manger chez lui, il est marié à une Marocaine d'une quarantaine d'années (lui, la soixante dizaines), très gentille, nous mangeons un excellent ragoût de mouton accompagné de vin rouge Marocain le « Chaud Soleil » que j'avais acheté dans une épicerie à côté de chez eux. Le vin, bien que vendu avec autorisation, n'est délivré par le marchand qu'avec réticence, entouré d'un sac de papier.

Sûrement après en avoir délibéré avec sa femme, il m'invite à dormir, j'accepte.

Les jours passant, il devient évident que je n'aurai jamais l'autorisation de passer par la Mauritanie ; avisant ma carte, je trouve deux routes possibles pour le Sénégal, l'une passe par l'Algérie et le Sahara, il faut traverser le Tanezrouft « Pays de la soif », puis Gao, au Mali ; l'autre, beaucoup plus longue, passe par Tamanrasset, puis le Niger, j'opte pour Gao, après, on verra.......

J'écris à ma mère pour lui taper 1500 Francs, qu'elle m'envoie en urgence, quelques jours plus tard, je reçois son mandat ; le seul problème est que l'on me le paie en dirhams, pour voyager en Algérie, on ne peut pas dire que ce soit ce qu'il y ait de mieux !

Mon copain au boomerang se propose de demander autour de lui afin de les changer, mais, parlant de mon affaire à mes potes marocains, ils me disent que dans le souk il y a des marchands qui sont payés en francs français dont ils voudraient bien se débarrasser ; nous nous y rendons illico, dix minutes plus tard, je me retrouve avec la somme équivalente à celle envoyée par ma mère, « tête-à-tête » comme ils disent, c'est à dire dix dirhams pour dix francs, zéro % de perte au change, c'est raisonnable. (aujourd'hui, avec l'expérience acquise, je me demande si ce n'était de faux billets).

Je repasse au consulat  de France pour demander les vaccins obligatoires pour entrer en Algérie, une espèce de grosse vache me répond avec un accent pied-noir à couper au couteau « j'en sais rien moi ! Je ne suis pas le gouvernement algérien », après lui avoir dit ma façon de penser (grossièrement, je le crains) je m'en vais en claquant la porte.

Le lendemain matin, je vais à la plage dire au revoir à mon ami au boomerang.

Puis je retourne chez mon copain pêcheur charger mes bagages, les jeunes marocains sont là pour me dire au revoir.

Il me revient que lorsque je dormais encore dans la voiture, un soir, l'un d'eux, bien que de famille pauvre m'avait porté un bol de bonne soupe de légumes bien chaude, il habitait à côté de la plage où je garais ma voiture pour dormir, mais il lui fallut bien faire cinq cents mètres à pied pour venir jusqu'à moi.

Je promets d'écrire pour leur donner de mes nouvelles, mon hôte et sa femme sont inquiets de me voir partir pour l'Algérie.

En les voyant disparaître dans le rétroviseur, j'en ai gros sur la patate!

Pas de problème particulier sur la route, ni à la sortie du territoire marocain, par contre, la douane algérienne, pardon ! Ambiance super sèche !!

Déclaration de devises, fouille en règle du véhicule, à côté de la bonhomie de la douane marocaine, rien à voir !

Après les contrôles, je me retrouve muni d'un carnet de devises énumérant non seulement les espèces, mais tout ce qui peut se vendre ou s'échanger, atmosphère de suspicion déprimante.

Enfin passé, je taille la route par Tlemcen, il y fait un froid de canard ; les gens sont sympas, dans de petits restaurants au long du trajet, on me demande régulièrement si j'ai quelque chose à vendre ; apparemment il leur manque de tout et je commence à comprendre l'intérêt du carnet de devises, je regrette un peu ma bouteille de whisky, pas d'alcool ni de vin dans les épiceries, la bouteille d'anisette ou de whisky s'achète minimum 300 dinars au black, le litre d'essence est à 0,65 dinars, ce qui fait qu'une bouteille de whisky achetée 12 francs (moins de 2 €) en zone dédouanée et 65 francs en France (10 €), permet, après une vente rapide et facile, d'acheter près de 500 litres d'essence pour 2 €...!!!!

Après Tlemcen, El Aricha, Aïn-Sefra, Beni-Ounif, Béchar, Taghit, à contrario du Maroc, aucun barrage ni flics sur les routes, Beni-Abbès, le paysage est de plus en plus désertique.

A Kerzaz, je discute avec le fils du patron d'un petit restaurant, il veut tout acheter et tout vendre ; n'ayant plus de bidons (j'ai dû tous les éventrer pour en sortir l'essence), je lui dis devoir traverser le Sahara et qu'il me faut un gros baril pour quintupler mon autonomie de carburant, il a çà en stock. M'étant restauré, il m'emmène dans une remise où se trouve l'objet, c'est exactement ce qu'il me faut car il contient 225 litres, nous faisons affaire, avec le plein du réservoir avant de partir, ça devrait suffire pour traverser le Sahara!

Depuis Beni-Abbès, entre les villes, plus de maisons, la route est par moment encadrée de dunes dont certaines très hautes, menaçant de submerger la route, des bandes de sable traversent la chaussée ; heureusement que je ne roule pas trop vite quand je passe sur le premier de ces bancs car une langue de sable sur le goudron est presque aussi dure que ce dernier.

La réverbération du soleil très cru dans le ciel sans nuages, la chaleur, les routes tirées au cordeau sur des dizaines de kilomètres portent à faire la sieste en conduisant ; j'ai tendance à avoir des pertes d'attention de plus en plus longues et répétées ; je trouve une combine qui me sauvera plusieurs fois la mise aussi bien en Afrique qu'en France : Ayant remarqué que quand on somnole le bras se relâche, la main tenant le volant descend et l'entraîne de côté, carton immédiat ! Mais si l'on tient le volant d'une main par le bas, cela permet de relâcher son attention plusieurs secondes, la voiture continue tout droit ; les chaussées rectilignes étant plus courantes que les virages, ça fait la différence.

Cela dit, quand j'aurai fait plusieurs fois la route, dès que je me sentirai l'œil vague, je m'arrêterai, les kilomètres que l'on gagne en souffrant à rester en éveil peuvent être faits plus tard, décontracté, après une bonne sieste.

Siestes que je pris l'habitude, dès le début, de faire près de la route, portières verrouillées, vitres entrouvertes, la première engagée, sans frein à main, starter tiré, clé sur le contact, ce qui permet un démarrage foudroyant d'un simple coup de démarreur en cas de problème (précaution qui, heureusement, ne me servit jamais).

Roupillant à moitié, je crois avoir cassé la voiture : un fossé coupe le goudron à angle droit! Heureusement, je roulais assez vite, je pense que sinon le train avant y restait!

Adrar, dernier poste de ravitaillement, je parcours les rues sablonneuses, les maisons ne comportent qu'un étage avec terrasse, peu de fenêtres, des arcades protégeant les entrées des maisons ou magasins du soleil, il faut dire qu'à Adrar celui-ci cogne dur !

Les phares des voitures sont enduits de graisse, cette protection est obligatoire, sans quoi, ils deviendraient opaques et inefficaces, dépolis par les vents de sable qui enlèvent la peinture des bas de caisse dont le métal est souvent à nu.

Dans une rue, je vois un type s'arrêter, se mettre à genoux, s'asseoir sur les talons, genoux écartés, même de dos, vu la manipulation à laquelle il se livre, visiblement, il se met à pisser ; je reverrais souvent le système se répéter, une fois l'affaire terminée, en général, ils prennent une poignée de sable et se sèchent vigoureusement le pommeau avec....

Je cherche de la bouffe, tous les magasins sont de petites échoppes, des panneaux précisant la spécialité de la boutique ; écrits en arabe, ils ne me renseignent pas beaucoup !

Un passant m'indique une boutique vendant un peu de tout, mais question ravitaillement, à part les boîtes de sardines et légumes, il n'y a pas grand-chose, j'en prends quelques-unes, puis cherche où casser la croûte et me renseigner sur les autres possibilités d'approvisionnement. Je trouve un restaurant où je mange l'habituelle soupe épicée et un ragoût de mouton ; les clients partis, je m'informe auprès du patron devant un café ; petit homme maigre, intelligent et sympathique, il se nomme Ramdann, me confirme qu'à part les achats déjà effectués, je ne trouverai pratiquement rien d'autre à embarquer pour me sustenter durant ma traversée du Sahara, ce, jusqu'à Gao.

Le lendemain matin, je croise un groupe de cinq Belges dans trois 404, ils font le voyage moitié pour le plaisir, moitié pour le business, l'un d'eux, Philippe, en ayant déjà vendu deux au Mali, en a récemment fait son métier.

Il me propose de faire la descente avec eux, ils ont assez de provisions pour une bouche supplémentaire ; ça les arrange, car il faut former un convoi pour avoir l'autorisation de traverser le Sahara, et quatre voitures c'est le minimum ; je ne me fais pas prier, tout le monde y gagne, car on peut attendre plusieurs jours le nombre de voitures ou camions requis.

Je leur dis que j'ai déjà une provision de boîtes de légumes et sardines à partager, ils tordent le nez ; Philippe me demande d'acheter des tomates séchées, (à cuire avec les nouilles, elles reviennent très bien pour faire des sauces), des légumes frais et du pain. Je me rends au marché pour acheter de quoi améliorer la croque.

Le soir, chez Ramdann, Philippe m'explique les grandes lignes de la traversée, le repas terminé, nous nous écartons du centre et dormons dans nos voitures.

Le lendemain matin, nous nous retrouvons au petit déjeuner chez mon restaurateur préféré où nous nous approvisionnons en eau ; après lui avoir dit au revoir, nous allons faire les pleins d'essence.

Arrivé à la station, je choisis la pompe à gros débit, c'est un pistolet à essence trois fois plus gros que d'ordinaire, le pompiste me dit en rigolant de bien tenir l'appareil ; faisant attention, j'appuie sur la gâchette, heureusement qu'il m'avait prévenu ! Un énorme jet sort brusquement de l'instrument, provoquant un important recul, c'est impressionnant de voir l'essence sortir à une telle vitesse ; en deux coups de cuillère à pot, mon fut est plein, je m'aperçois alors que ça coule gaillardement dans la voiture : aux nervures du baril, j'ai une grosse et une petite fuite, qui plus est, opposées l'une à l'autre! Je vais en vitesse régler le gars de la station et pars presto aveugler les entailles ; en frottant avec du savon j'arrive à colmater la petite, pour la grosse, c'est un autre problème : Je tourne le tonneau fuite vers le haut, puis, insérant en force de petits bouts de bois biseautés, j'obstrue du mieux que je peux la grosse fente, le bois gonflant en s'imbibant d'essence, il y a du mieux, après avoir arasé la réparation, je termine le boulot au savon.

Je replace mon fût, le gros bouchon en haut, sans le serrer, pour ne pas provoquer de pression ; la fuite se réduit à un goutte à goutte, l'essence algérienne ayant une odeur agréable (d'où le nom peut-être ?), le Sahara étant un espace dans lequel on ne roule pas les fenêtres fermées, ça ira très bien ainsi.

Je retourne faire mon complément d'essence et nous partons.

Après avoir vérifié que nous avons encore tout ce qui a été déclaré à l'entrée du territoire, la douane nous reprend les carnets de devises et nous gratifie d'un passavant valable pour faire Adrar/Bordj-Moktar, sortie du territoire.

Route goudronnée jusqu'à Reggane, refouille, plus pour tromper l'ennui, qu'autre chose, puis on nous lâche.

Aussitôt, c'est le sable mou, le cul des voitures chargées d'essence frotte, il faut faire attention aux cailloux noyés dans le sable qui pointent le nez, chaque impact marque le dessous de la voiture, abîme les carters moteur, arrache les échappements, casse les ponts arrières, crève les réservoirs, (toutes ces calamités font les choux gras des petits garagistes de Gao et Niamey).

Après plusieurs dizaines de kilomètres, la piste, avec pour repères tous les cinq où six kilomètres, des fûts de 200 litres (éventrés afin qu'ils ne soient pas volés), devient un peu plus consistante, le sol plus ferme, forme des plaques d'ondulations successives plus ou moins régulières appelées « tôle ondulée » (comme les vaches), dans ces passages, tant que la voiture n'a pas acquis une vitesse suffisante pour ne toucher que les crêtes des ondes, vibre épouvantablement. Les carcasses de bestiaux desséchées que nous verrons tout au long de la piste commencent à apparaître.

Philippe m'indique un truc auquel je n'avais pas pensé, quand l'aiguille de température d'eau entre dans la zone rouge, il faut mettre le chauffage à fond pour dissiper des calories, et ainsi, aider le radiateur, bonjour le sauna !!!!!!!

Paysage de sable plat à l'infini ; le soir, nous nous arrêtons, dînons en regardant le soleil se coucher, il plonge derrière l'horizon à une vitesse étonnante, le froid descend aussitôt.

Après avoir discuté de la journée à venir, nous nous couchons.

Le lendemain matin, casse-croûte, niveaux d'huile et d'eau, départ.

A 600 bornes d'Adrar, Bordj-Moktar, sortie du territoire algérien, un panneau peint à la main figurant une vieille chambre photographique barrée d'une croix est assez explicite, paperasserie tranquille.

La route est bonne pendant une soixantaine de kilomètres, je vois même de petits brins d'herbe jaunâtre qui poussent quand le terrain est un peu creux, puis on commence à rouler dans la caillasse, plus nous gagnons en altitude, plus ça s'aggrave!

La piste est maintenant taillée dans un paysage lunaire de roche dentelée gris foncé pointant de biais vers le ciel, nous serpentons le long d'un chemin qui évite les pics, les suspensions sont très malmenées car nous roulons sur un tapis de pierres qui vont de la taille d'un poing à celle d'un ballon de football.

Enfin nous arrivons à Tessalit, frontière du Mali, cuvette de rocaille noirâtre dans laquelle se trouvent quelques petits bâtiments.

La douane est à mi-pente à droite, mi-pente à gauche, il y a une jolie petite construction, bureau du chef de police, en bas, une construction rectangulaire plus grande, dans laquelle il y a un petit restaurant, une salle nue à disposition des voyageurs, et la poste.

Les formalités sont bon enfant, nous sommes obligés de prendre une assurance automobile d'un prix raisonnable, après, nous allons nous désaltérer à la petite auberge, y cassons une croûte et repartons dans la caillasse, puis c'est le sable ; cent bornes plus loin, nous arrivons à Aguelhok, arrêt police sympa, rapide ; encore cent bornes, la Marcouba* : zone de sable mou d'une dizaine de kilomètres barrant la piste sans contournement possible, le seul passage régulier est ravagé de profondes ornières creusées par les camions qui passent bille en tête, misant tout sur l'incroyable couple moteur des Berliet.

Cet axe est infranchissable pour les voitures, la seule solution est de longer la piste par la droite après avoir dégonflé les pneus. Avant d'entamer ce morceau, il ne faut pas hésiter à prendre de l'élan et rouler vite car les portions de sable très mou sont longues, il faut éviter les touffes d'herbes sèches aussi dures que des pierres, ce qui n'est pas toujours possible, les amortisseurs dégustent salement !!!!

Cent quatre-vingt kilomètres après, Anéfis ; encore deux cent trente, et nous arrivons à Gao, ville presque totalement construite en banko*.

Il faut aller au commissariat avant de nous jeter une bière pourtant bien méritée après 1300 kilomètres de désert pliés en trois jours! Nous sommes dirigés vers une salle assez grande où un agent nous accueille, après nous avoir invités à nous asseoir à des bureaux d'écoliers, donné une feuille blanche et prêté un stylo à bille, il nous dicte très professoral les questions classiques demandées aux touristes lors de leur entrée dans un pays, cet agent s'appelle Mambi et deviendra plus tard un ami et concurrent très sérieux à la pêche dans le Niger.

Les formalités accomplies, nous sortons, une ribambelle de gentils gamins nous entourent, l'un d'eux, Boubakar, se propose comme guide.

Nous allons à un « hôtel-restaurant », bâtisse de banko très sombre à l'intérieur, le patron de cet antre, se nomme Yarga. Il s'occupe de vendre les automobiles et encaisse le prix de ses chambres (rares, chères) ou des places sur la terrasse (1000 francs maliens =10 francs français la nuit), une tripotée de margouillats (gros lézards de 50 à 60 centimètres de long) se promènent tranquillement à la verticale des murs, les mâles ont de superbes couleurs, jaune, rouge, vert et/ou bleu flamboyants, les femelles sont plus petites, et ternes.

L'épouse du maître de céans s'occupe de préparer tous les jours un plat différent, souvent un ragoût à base de riz, c'est là que je sentirai pour la première fois le goût des charançons, ils sont aussi dans la farine, les pâtes...... on peut dire que chaque plat en est parfumé, au début je sors du pain ces petits insectes un peu plus gros qu'une puce, puis mange sans faire de chichis, content que Yarga ne me compte pas un supplément viande.

Les chiottes sont un trou dans la terre avec 10 centimètres d'asticots surnageant et grouillant les uns sur les autres, le puits est à côté, trouvez l'erreur ...... On m'a raconté qu'un touriste embompoinisé, se pointant en ces lieux, s'est retrouvé dans la fosse aux rejetons de mouches, les troncs de palmiers fendus en 4 sur leurs longueurs, constituant le sol, ayant cédé sous son poids.

Quelques jours passent, des clients viennent régulièrement voir les voitures, en principe, on n'a pas le droit de les vendre, mais en passant par un "intermédiaire" soi-disant patenté, c'est possible, le problème est de savoir qui l'est.

Si une vente se fait, vous donnez une commission à l'intermédiaire, c'est quand les « affaires économiques » vous tombent dessus que vous vous apercevez que le type n'était pas autorisé à vendre, ou n'a pas assez « fait manger » les fonctionnaires ; de toutes façons, personne n'a de papiers, de registre de commerce ou autre statut, le mieux est de traiter, puis de riper les galoches au plus vite !!!!!!

Philippe vend rapidement son auto 900.000 francs maliens (9000 ff = 1370€), il faut dire qu'elle est en parfait état ; pour voir si le moteur de la voiture est bon, les Africains ont une technique imparable : Ils donnent trois grands coups d'accélérateur, et vont vite regarder les gaz d'échappement, si la fumée est bleue, l'auto consomme de l'huile ; blanc, le joint de culasse est flingué ; noir, le mélange air-essence est trop riche, (ce qui est le moindre mal).

Chez le père Yarga, je fais connaissance avec deux coopérants français instituteurs en Côte-d'Ivoire qui me demandent si je peux les redescendre, ils étaient venus passer quelques jours à Gao, mais les congés se finissant, ils doivent retourner à Bouaké, je leur réponds que je ne sais pas encore si je persiste à aller au Sénégal où si je continue vers le sud.

A tout hasard ils me donnent leur adresse pour que je passe les voir si je m'égare dans leur coin.

En face de l'hôtel Atlantide*, sous des arcades, il y a des marchands d'objets africains très intéressants : des pointes de flèches et haches préhistoriques ; des pipes, poignards, takoubas*, cadenas et splendides clés anciennes souvent cassées, tout cela de provenance Tamashek ; bien que je n'en aie pas les moyens, je craque...

Renseignements pris, il apparaît que pour aller au Sénégal, il faut obligatoirement faire une grande partie de la route en mettant voiture et passager sur un train, très cher, très lent, et abominablement inconfortable, ça fait trop, surtout que mes fonds ont bien baissé depuis une petite semaine que je suis là !

Je décide de continuer vers le sud, les Belges restent à Gao pour vendre les deux autres voitures, on se dit au revoir.

Je m'entends avec un Français à la recherche de sa nana qui s'est tirée en Côte-d'Ivoire avec un mec, je lui prends le prix du taxi-brousse jusqu'à Niamey (capitale du Niger) en gros 450 kilomètres, c'est mieux que rien !

Gao-Labbezanga, passage de frontière, pas de problème particulier, nous nous arrêtons pour casser une croûte dans un petit boui-boui en planches, je vois sur l'ardoise du menu sur « Poulet Maka », je demande à goûter cette spécialité locale, le cuistot m'amène un poulet avec des nouilles, je lui dis qu'il y a erreur, il me répond que non, « Maka » est l'abréviation africaine de macaronis.

Arrivée à Niamey, commissariat de police, avec ce coup-ci des imprimés à compléter, puis nous nous dirigeons vers la maison des jeunes où l'on peut dormir pas cher dans une grande salle commune sur des lits en ferraille type armée; lorsque je veux prendre une douche, cauchemar ! Des murs en parpaings noirs et gluants de crasse, des blocs de ciment épars pour rester au-dessus de l'eau stagnante, dur-dur!

Le porte monnaie sonnant creux et ne trébuchant plus, je décide de ne pas m'attarder, et d'aller en Côte d'y-voir s'il y a des amateurs de 404 familiale ; les coopérants m'ayant dit que je trouverais sûrement preneur à Bouaké où ils sont résidants, je vais aller tâter le terrain dans le coin, en passant par Ouagadougou.

Traversée de la Haute-Volta, les pistes sont en latérite*, ce matériau a le défaut de former de longues bandes de d'ondes régulières et perpendiculaire à la route, appelées "tôle ondulée", sur l'une d'elles, j'amorce un large virage, la voiture bringuebale de partout, manque d'adhérence, l'arrière fait la valise, je contre-braque et accélère, peau de balle, heureusement, la courbe se termine, j'en sors complètement en travers, chauds les marrons !!!!!

La piste, traversant une forêt clairsemée, je vois une douzaine de phacochères courir en file indienne droit devant eux en diagonale de la route, il est évident que s'ils ne changent pas de cap ou ne ralentissent pas, ils croiseront ma trajectoire ; ils passent ignorant la voiture, je dois freiner, pour éviter le carton.

Ouagadougou, des vautours d'un bon mètre de haut se promènent dans les rues, qu'ils nettoient, tranquilles, tels d'énormes pigeons.

Bobo-Dioulasso, puis, passage tranquille de la frontière de Côte-d'Ivoire ; je suis étonné de constater que la base de la bouffe africaine est le riz, les panneaux affichant les menus ont une orthographe délirante.

Roulant de nuit le long d'une plantation, je crois être victime d'une illusion d'optique, je m'arrête et dirige les phares sur les cultures, les bananes poussent cul vers le haut !!

J'en ai marre de rouler, je rentre dans un petit hôtel histoire de roupiller et prendre une douche. Éclairages aux néons peints en bleu, jaune, rouge, vert ; raffut dantesque, radio pourrave à fond la caisse, gueulantes des putes ivres qui montent des clients toute la nuit, moustiques affamés malgré les serpentins d'herbes à brûler venant d'Asie, je ne suis pas beau à voir le matin!

Ferkessédougou, retour sur le goudron, je démarre d'un stop, coup de sifflet, je tourne la tête, et vois deux motards en uniforme, allongés à l'ombre d'un arbre sur leurs motos B.M.W, ils me font signe de m'approcher, je m'exécute, descends avec les papiers car ils n'ont pas l'air de vouloir se lever ; je leur fais remarquer que j'ai marqué le stop, je ne vois pas pourquoi ils m'arrêtent, l'un d'eux, se redressant à califourchon me dit tranquillement que je n'avais pas mis la ceinture de sécurité, qu'il va falloir payer 7000 francs C.F.A d'amende ; je réponds que je ne peux pas payer une somme pareil car j'arrive de France et que je n'ai presque plus d'argent, je dois rejoindre des amis à Bouaké et il me reste juste de quoi payer l'essence, le type me regarde un long moment d'une drôle de façon, un peu au-dessus ou à travers moi, et me dit un peu grand seigneur avec un signe de la main "allez-y, c'est mon cadeau de Noël"; peut-être, le fait que j'arrive de si loin par la «route» a-t-il joué en ma faveur......

J'arrive à Bouaké sans plus d'incident, les coopérants me reçoivent en tirant un peu la tronche car ils m'y ont précédé de peu, ayant fait la route en taxi-brousse. Il faut dire que ce genre de transport n'est pas un pullman : 404 plateau avec une galerie hyper renforcée, sur celle-ci, mobylettes, chèvres, tous les bagages des passagers, régimes de bananes entiers, boîtes de cinq kilos de sauce tomate, etc... 16 passagers à l'arrière, 2 places un peu plus chères à l'avant, et le chauffeur.

Alain (le mieux loti des deux, car dépêché de France ; Sylvain a trouvé le job sur place) m'invite à poser mes pénates dans une chambre libre de sa maison, et propose de me prêter de l'argent que je lui rendrai quand j'aurai vendu la voiture.

Renfloué, je leur propose d'aller boire l'apéro dans un boui-boui car on est en fin d'après-midi et il commence à faire soif ; Nous nous dirigeons vers un petit bar, quelques autres Français coopérants ne tardent pas à nous rejoindre. Le soir tombant, les lucioles apparaissent, les moustiques nous bouffent les miches à travers les fauteuils tressés de gros fils en plastique et la toile de nos jeans, nous allons manger dans un petit restau, puis dodo.

Le lendemain, je vais acheter des pièces afin de retaper le moteur. Les Libanais vendent à peu près tout ce dont on peut avoir besoin pour entretenir et réparer les Peugeot ; je ressors de la boutique avec les segments, pochette de joints, coussinets de bielles, chaîne de distribution, indispensables pour redonner une nouvelle jeunesse à mon moteur, le tout à un prix raisonnable.

Je vais ensuite discuter avec le patron d'une station-service pour lui louer un bout de terrain et les outils qui me manquent, demande s'il ne connaît pas deux gaillards qui voudraient se faire un peu d'argent en me donnant un coup de main, car rien que pour sortir le moteur il faut de l'huile de coude.

Il me trouve deux costauds, je conviens avec eux de leur rémunération et nous nous donnons rendez-vous pour le lendemain matin.

La réfection du moteur demande deux petits jours de boulot tranquille, je paie la bouffe du midi et quelques rafraîchissements consistant en ananas bien mûrs épluchés devant vous a la machette et dont les feuilles élaguées servent de poignée, délicieux! A la fin de l'après-midi du deuxième jour, je suis obligé de les engueuler car j'ai eu le tort d'acheter de la bière (bouteilles de 75 centilitres par personne) plus une bouteille d'alcool de palme avant la remontée du moteur et ils ne veulent rien savoir pour continuer, ils pensent sûrement me faire raquer une journée de plus si l'on ne termine pas ce soir ; je leur dis que la journée n'est pas finie et que s'ils me laissent tomber maintenant, je ne les paierais pas.

De toutes façons j'ai déjà refermé le moteur, il ne reste plus qu'à le mettre en place, ce qui est vite fait, j'engage les boulons tenant le moteur sur la boîte à vitesses et les paie, on se serre la main, moi un peu froidos, car je pense avoir été plus que correct et ils ont un peu trop tiré sur la ficelle.

Je finis de remettre boulons et durits, règle le propriétaire du garage, à 20 heures, je suis de retour chez les copains pour prendre une bonne douche et retourner boire un coup.

Ils me disent que ma voiture intéresse deux ou trois gros marchands, c'est bon signe !

Les acheteurs ne pointant pas le museau de la journée, je décide d'aller le lendemain matin à Abidjan en taxi-brousse pour dire bonjour aux parents du copain de Dordogne.

Je suis très bien accueilli, invité à manger à midi ; au cours du repas, nous discutons de la vente de ma voiture ; je dis compter la vendre 700.000 Francs C.F.A, mon hôte me prévient que la spécialité libanaise du moment pour escroquer quelqu'un, est de lui faire un chèque (en bois bien sûr) car en Afrique il n'y a aucun recours, puis ajoute que si je n'ai pas vendu ma voiture il est preneur à 600.000 Francs C.F.A.

De retour à Bouaké, Alain me dit avoir appris par la bande que Sylvain a raconté à tous les acheteurs potentiels que je n'ai pas un rond et que je serai obligé d'accepter le prix que l'on me donnera pour rembourser mon emprunt, c'est le meilleur moyen de me scier les pattes, il n'y gagne rien, il avait l'air sympa, je ne pige pas..........

Je vais tout de même voir les quelques clients potentiels. Que des tordus ! Les Africains, "je te donne 200.000 Francs CFA maintenant, le reste un peu plus tard ", tu parles Charles! Les Libanais eux me proposent 100.000 Francs CFA en liquide le reste en chèque....... heureusement que les gens d'Abidjan m'avaient prévenu, car à Bouaké, le coup n'est pas connu.

Après avoir perdu ma journée à commencer d'apprendre les grosses ficelles africaines, je téléphone à Abidjan pour dire que je marche à 600.000 Francs C.F.A, le monsieur me demande d'amener la voiture pour la voir.

J'invite à manger Alain au restaurant et lui déballe la situation car je laissais chez lui l'auto (sans qu'il me l'ait demandé) pour le rassurer sur le prêt qu'il m'avait consenti. Il assure me faire confiance et qu'il n'y a aucun problème pour que j'aille à Abidjan réaliser la vente.

Après le déjeuner, je retéléphone à la capitale, mon acheteur me dit de venir le lendemain matin, de ne pas me casser la tête pour l'hôtel, ils ont une chambre d'ami où me loger le temps de régler la transaction.

Le lendemain, j'embarque chien et bagages dans la voiture.

Aussitôt arrivé, visite du véhicule, le monsieur me dit qu'il lui convient ; puisque nous sommes d'accord, je lui demande tout de suite une partie de l'argent afin de régler mes dettes, il n'est pas surpris car je n'avais pas fait mystère que le copain de Bouaké m'avait dépanné en ce sens.

C'est la saison des pluies, à quatre heures pile de l'après-midi, il pleut à seaux. Dès que la nuit commence à tomber, les moustiques attaquent tel des stukas, j'entends zzz.... toc, ils ne finassent pas en tournant autour de la cible, ils arrivent en ligne droite direct sur l'objectif et tapent plus qu'ils ne piquent, tellement la charge est brutale.

Le gardien de la maison a les dents taillées en pointe, çà fait un effet bœuf !!! Il est armé d'un arc, de flèches et de deux machettes.

Après une nuit de repos, je repars dans le Nord en taxi-brousse.

Bamboula à Bouaké (je devrais pouvoir vendre ce titre à une série célèbre), règlement de mes dettes, pas rancunier je rince aussi le connard qui m'avait chié dans les bottes ; cuite, dormir chez le copain, petit déjeuner, adieux.

Retour à Abidjan avec la gueule de bois et une forte fièvre, dans le taxi-brousse 404 familiale (pareille à celle que j'ai laissé à Abidjan, mais avec 5 années de pistes africaines dans les rotules), 9 personnes serrées comme des sardines, je suis assis à côté d'une adolescente qui prend un malin plaisir à frotter ses nénés sur mon bras, avec la chaleur moite et cette saloperie de fièvre qui me donne la chair de poule, des frissons dans le dos, et des suées au front, je suis dans un état lamentable, la petite pétasse doit penser qu'elle me fait un effet terrible !

Arrivé chez mes acheteurs, je suis en vrac ; mon acquéreur me dit que c'est le paludisme, si une telle crise ne guérit pas avec l'énorme cachet que je suis allé chercher à la pharmacie, il ne reste plus que les piquouses ; heureusement, la fièvre et la gueule de bois passent dans la foulée. Il paraît que la Nivaquine prise régulièrement prévient le palu.

Au cours d'un repas, mes hôtes me racontent le déboire arrivé à une voisine française : La brave femme avant de partir au boulot, demande au boy de ne pas oublier de faire la soupe au chien ; le soir, elle s'étonne d'avoir du consommé, le domestique répond « c'est la soupe au chien que tu m'avais demandée patronne !! ».

Mon acheteur fait examiner la voiture par son garagiste ; verdict : il faut refaire le moteur ; je ne sais pas si c'est une entourloupe pour me gruger, si le mécano veut se mettre les pièces neuves dans la fouille, si c'est un incapable, ou quoi, pas moyen de lui faire entendre raison ; hébergé gratos, je n'insiste pas.

Finalement mon hôte me rabat 100.000 francs C.F.A et je ferme ma tronche ; avec ce que m'auront coûté la descente et le retour, il ne va pas me rester lourd ! Enfin, je rentre en partie dans mes fonds et ai acquis une expérience non négligeable, vu le prix des billets d'avion sur la France et mon chien payant plein pot, je décide de rentrer par la piste.

Adieu à mes hôtes, on promet de se revoir en Dordogne lors de leurs prochaines vacances.

Je me pointe à la gare des taxis-brousse, le prochain en partance pour Ouagadougou est un Saviem SG.2 tôlé, dont les côtés ont été découpés, le problème est qu'il est vide et que les transports ne partent qu'une fois fait le plein de passagers ; je me dis que si l'on monte à 19 dans une 404 plateau, dans un engin pareil on doit tenir à 35.

J'attends toute la matinée, deux autres clients sont sur les rangs, à ce train là il va falloir une semaine pour remplir la camionnette !

Je me renseigne à droite et à gauche pour savoir s'il n'y a pas un autre moyen de se rendre en Haute-Volta, un mec finit par m'aiguiller sur un camionneur qui doit partir pour Ouagadougou dans l'heure qui suit.

Je trouve le type, nous tombons d'accord sur 10.000 Francs C.F.A pour moi et le chien, tout va bien, sauf que, comme un bleu que je suis en Afrique, je paie d'avance.....

Le chauffeur m'invite à l'attendre dans sa piaule qui donne sur la cour d'un quartier sordide le temps qu'il règle quelques formalités ; notre accord ayant été passé en début d'après-midi, je l'attends jusqu'au soir sans revoir sa bobine, les boules !

Je passe la nuit dans un petit hôtel à proximité, aux aurores je retourne à la turne du lascar, attends encore la matinée, toujours personne ; en début d'après-midi je me rends au commissariat du quartier. Je casse le coup au flic de service qui me dirige vers un collègue plus gradé ; bien sûr, j'ai eu tort de payer d'avance (ce dont je conviens volontiers), il me demande le nom et l'adresse du chauffeur pour le convoquer, comme je n'ai aucun renseignement à lui fournir, il me demande d'apprendre au moins le nom du type, donc je retourne là-bas et mène ma petite enquête ; pas moyen de tirer le moindre tuyau, d'autant plus que la cour n'est louée que par des ghanéens patoisophones ; je me rends compte que le mot « police » leur fiche une trouille bleue.

Je retourne bredouille au commissariat, retrouve le flic qui me rassure, prenant un imprimé, il rédige une convocation pour « le chauffeur du camion », devant mon air sceptique, il me dit que je vais être surpris du résultat, je n'ai qu'à laisser la convocation bien en vue dans la chambre et revenir plus tard, le téléphone arabe devrait faire le reste ; O.K je fais confiance à la cuisine locale.

La cour est pleine de monde et d'agitation, je me dirige vers une matrone qui a l'air d'être la cheftaine du lieu et lui tends la convocation, elle se met à pousser des cris hystériques en reculant les bras au ciel et les yeux exorbités, je me retourne et vais poser ostensiblement le papier sur le lit du camionneur, quitte la cour dans un brouhaha croissant de seconde en seconde.

Le soir tombant, j'y retourne, émeute devant l'entrée de la cour!

On commence à discuter ferme (toujours sans la présence du chauffeur qui doit être en train de faire ripaille sur le dos du pigeon), ça commence même à franchement gueuler, je braille aussi fort qu'eux ; subitement, un costaud commence à me tirer par le devant de ma salopette, je me dégage et me rends compte que la nuit est tombée, dans le feu de l'action, je n'y ai pas fait attention ; je suis entouré par une cinquantaine d'excités écumants, prêts à me faire la peau, pour les déstabiliser, je gueule encore un bon coup et en siffle un autre à l'adresse de mon chien qui se pointe dans la foulée ; sur le passage de mon clebs, se crée instantanément un chemin dans la foule (il faut dire qu'à part les sloughis à Gao, je n'ai pratiquement pas vu de clébard en Afrique, un gros chien noir comme lui les impressionne énormément), criant comme un sourd que la police va venir et les menaçant de tout ce qui me passe par la tête, je profite de la trouée pour m'arracher, je suis encore persuadé que j'étais à deux doigts de me faire écharper, sans Athos, j'y passais !

Du coup je prends un taxi, et pas trop fier, je retourne chez mes acheteurs qui me confirment, quand je leur conte l'affaire, que j'ai eu beaucoup de chance.

Dernière nuit chez eux, et le lendemain matin, de bonne heure, je prends le train Abidjan-Ouagadougou (en gros 1000 bornes).

Les wagons de ce train ont dû être climatisés, heureusement que les fenêtres ne sont pas bloquées! Aux arrêts, les mamas se pressent aux fenêtres pour vendre divers mets, j'achète des morceaux de viande rôtis, de l'igname* cuit comme des frites, et des petites bananes roses ; la viande est absolument délicieuse, je demande à mes voisins quel est l'animal fournisseur, c'est de l'agouti*, (d'après ce que j'en ai vu, une sorte de mi ragondin mi castor aux dents orangeâtres) ; quant aux bananes, elles sont mûres au point que leur peau semble près d'éclater, cueillies quelques heures auparavant, un régal !

Arrivé à Ouaga, je vais directement à la station de taxi-brousse et repars dans l'heure qui suit pour Koupéla, puis Niamey, là, je vais louer un lit à la maison des jeunes ; un Français y est déjà, sympa, vingt cinq ans, maigrichon, barbiche, il me dit qu'au Bénin la vente de voiture est autorisée et facile contrairement aux autres pays d'Afrique de l'Ouest, mais qu'il y a connu une mauvaise embrouille : Arrivant à un carrefour, une voiture était arrêtée, quand il en fut à une dizaine de mètres, son conducteur fait une marche arrière fulgurante, provoquant un carton, ameute la police et prétend que c'est le Français qui n'avait pas freiné, coup fourré par excellence ! Du coup, le pauvre est reparti une main devant une main derrière, ayant dû vendre son auto pour payer les réparations béninoises.

Le lendemain, deux nanas se pointent, mignonnes, la trentaine, elles sont descendues avec un type qu'elles ont perdu en route, la blonde envisage de remonter par la piste, nous décidons de faire un bout de chemin ensembles.

Le jour suivant, en fin d'après-midi, après avoir discuté le prix du voyage, nous montons dans un camion de marchandises, direction Gao.

Chez Yarga, plusieurs personnes attendent depuis plusieurs jours, car il y a embargo du gouvernement algérien sur l'importation de moutons.

Le système consiste, pour les transporteurs maliens et algériens, à charger des denrées vendues peu chères dans les magasins d'état en Algérie : Riz, semoule, sucre, etc....et de les vendre plein pot à Gao ; acheter une poignée de cerises des moutons au Mali et les fourguer un max en Algérie, je m'explique maintenant le nombre de carcasses de moutons séchant au doux soleil du Sahara.

Un qui se frotte les mains, c'est le père Yarga, tous les jours d'autres personnes viennent se planter dans le cul-de-sac qu'est devenu Gao.

Après une semaine de ce régime, je commence à contacter divers camionneurs, mais nous sommes trop peu pour pouvoir affréter un Berliet à vide de Gao à Adrar ; le temps passant, les coincés se font plus nombreux, les camions immobilisés ne rapportent plus, autant de paramètres qui rendent de jour en jour la traversée plus négociable.

Une fois comptés les amateurs pour la croisière, on se retrouve 17, la plupart français, il y a même un américain.

L'un des convoyeurs pressentis, ayant des affaires à régler en Algérie, nous demande 30.000 francs maliens (300 francs français = 45€) par personne pour nous emmener à Adrar, ce qui est plus que correct ; pour que nous soyons moins tassés, ce délicat personnage fait installer une sorte de mezzanine de bastaings posés sur la moitié avant des rebords de la benne du camion.

De bon matin, nous partons, il fait frisquet.

Quarante kilomètres après le départ, la blondinette me montre une petite butte à droite de la piste quand on remonte vers le nord ; elle me dit que le type avec lequel, elle et sa copine étaient descendues, s'était arrêté là et qu'il y avait trouvé des tessons de poteries et des morceaux de silex taillés, je me promets, si je repasse là un jour, de faire une halte pour voir de quoi il retourne. En attendant, j'ai mal au cœur, et je m'accroche à la porte arrière de la benne pour tirer une gerbe.

La conduite des camions au Sahara est très technique, quand il attaque un banc de sable, le conducteur passe en force sans jamais changer de vitesse, ce qui fait qu'à la sortie des longs passages mous, le moteur doit tourner entre deux cent et quatre cent tours minutes, accélérateur à fond, on sent chaque coup de piston, je suis éberlué qu'il tienne le coup! Le Berliet est un camion fabuleux, entre les mains habiles des chauffeurs indigènes, on le croirait étudié spécialement pour ce genre de contrées.

Lors d'un arrêt, l'Américain qui revenait de faire son service militaire en Sierra Léone dans les « Peace Corps», trouve à ses pieds une magnifique pointe de lance en silex très finement taillée, tout le monde se met à chercher de droite et gauche, mais malgré le ratissage ce fût la seule trouvaille faite.

Monté à l'avant, je remarque un panneau que je n'avais pas vu à l'aller, il est tout rouillé, on peut lire à moitié effacé "tropique du Cancer" ; le chauffeur du camion me dit que seuls les gens qui sont passés par cet axe ont le droit de porter le « chèche », cette longue bande de coton que l'on met moitié sur la tête, moitié sur le nez et la bouche pour ne pas se déshydrater ou filtrer l'air durant les vents de sable, se protéger du soleil, s'essuyer les mains, etc.....

La nuit, il fait carrément froid, au bout des deux jours et nuits non-stop, nous arrivons à Adrar complètement moulus.

Après avoir salué nos transporteurs, j'amène tout ce monde chez l'ami Ramdann, il nous dit qu'un bus fait quotidiennement Adrar-Béchard, (500 bornes), il part le lendemain avant l'aube, tout le monde sur son invitation, dort dans son restaurant.

Après avoir pris le café, et remercié notre hôte, nous embarquons dans le car.

On ne me fait pas payer pour mon chien, mais comme il n'a pas le droit de voyager en haut avec les passagers, le chauffeur suggère de le faire monter dans les coffres à bagages s'ouvrant par l'extérieur du car, à mon invite, il y monte de bon cœur et à part quelques jappements au début il n'y eut aucun problème ; de temps en temps, le chauffeur s'arrête en pleine campagne dans des petites bicoques où l'on peut manger une bonne soupe bien chaude parfumée à la coriandre et au laurier appelée « loubia » ou « chorba » selon qu'elle est à base de fayots ou de lentilles, j'en profite pour laisser Athos se dégourdir les pattes et manger avec moi, depuis qu'il sait me retrouver à chaque pause il ne se manifeste plus.

Le car s'arrête à Kerzaz pour permettre à tout le monde de manger un plat plus consistant, je retourne directement chez le restaurateur qui m'avait fait marron sur le fût, comme par hasard, le jeune type n'est pas là, une fois terminé mon plat je dis au serveur que pour la note, il aille se faire voir chez plumeau, bien que visiblement au courant de l'histoire, il fait l'outragé, et gueule aux petits pois (ce qui est normal vu son métier), comme je me lève pour sortir, il me menace de la police sans conviction, au moment où je sors, mon escroc pointe le museau, ce qui ne me fait pas frémir de terreur, je lui dis que j'ai bien mangé mais que je ne compte pas le payer, qu'il sait très bien pourquoi, lui aussi me menace des flics, c'est ennuyeux car si l'embrouille s'envenime, le car (qui klaxonne déjà) partira sans moi, je fais le mec parfaitement serein et m'arrache sans que personne ne se mette en travers de ma route.

Nous arrivons tard le soir à Béchar, dînons dans un petit restaurant dont le patron est aimable comme une porte de prison ; à la fin du repas, nous demandons au gargotier où dormir pour pas cher ; il propose, si cela nous convient, de rester dans son établissement, surpris, nous acceptons en regrettant aussitôt nos considérations sur sa physionomie ; il nous passe les clés, et s'en va après nous avoir dit que le l'autocar pour Oran part tôt le matin et qu'il viendra nous réveiller de bonne heure pour nous faire le café.

Quand il se pointe, il est bien loin de faire jour, nous prenons un petit déjeuner, puis notre hôte nous explique où prendre le bus.

Le remerciant chaleureusement pour son hospitalité, nous partons dans la nuit froide, et trouvons facilement l'arrêt du bus où nous faisons la queue ; le copain américain étant un peu en dehors de la file, se prend un petit coup de matraque sur la tronche administré par un flic qui passait par là, on se met tous à protester en chœur ; l'agent nous dit ingénument qu'il n'avait pas vu que nous étions étrangers! Devant son air consterné, nous comprenons que c'est pratique courante de mettre un coup de bâton sur une tête qui n'est pas alignée !

Oran, les autres s'étant égaillés au fil de la route, nous allons, un couple de français et moi, prendre nos billets pour la France, quelques temps plus tard, nous montons dans un énorme ferry-boat, le navire ne fera quasiment la traversée que pour nous, car, à part deux arabes, personne d'autre n'a embarqué ; malgré cela, le navire part à l'heure ; à cause d'une tempête, nous mettons un jour de plus pour arriver à Marseille, plutôt chiffonnés.

Nous prenons le train ensemble ; durant la remontée du désert, ils m'ont vanté le passage par Tamanrasset, je leur dis que très probablement, je vais refaire rapidement une descente sur le Bénin, ils me répondent que c'est aussi leur projet, d'ailleurs, ils seront hébergés chez des copains pas loin du coin de Dordogne où j'habite ; nous convenons de nous tenir au courant de nos recherches respectives d'automobiles. Ils quittent le train un peu avant Bergerac, nous pensons sûrement tous sans le dire que ça fait bizarre de se quitter, alors que, depuis Gao nous ne nous sommes pas éloignés les uns des autres de plus de dix mètres.

 

 

_Deuxième chapitre_

 

Aussitôt arrivé, recherche d'un carrosse, je n'ai pas beaucoup à tourner, passant devant une station-service je vois l'objet de ma quête! Je demande au patron si la voiture est à vendre et combien, il me répond que le propriétaire en veut 2000 francs, bien qu'elle ait 180.000 kilomètres, selon lui, elle est irréprochable ; nous faisons un tour, elle est nickel, et les Maliens m'ayant appris à reconnaître un moteur lavé, je ne risque plus de me faire avoir.

Je me rends chez le propriétaire, demande comme si je ne savais pas, le prix de la merveilleuse machine, il me répète le chiffre précédemment indiqué, je dis que je ne peux mettre que 1500 francs, nous tombons d'accord sur 1700 francs.

Dix minutes plus tard, je suis l'heureux possesseur d'une berline que je sens exceptionnelle, après l'avoir assurée pour un mois, je cours téléphoner aux poteaux ; ils me demandent si je peux venir les voir, deux heures après, je suis chez leurs hébergeurs.

Chez les amis en question, ambiance phacochère, visiblement, le studio est trop petit pour 4 personnes, il y a de l'électricité dans l'air!

Nous allons visiter les voitures qu'ils comptent acheter, à côté de la mienne, ce sont des poubelles et je ne leur cache pas mon point de vue ; ils me répondent que vu l'atmosphère, ils doivent faire vite, je leur propose de tourner dans la région avec la mienne pour essayer de trouver mieux, d'autant plus que les 404 courent les rues, en y consacrant une journée, on peut leur en trouver deux en bon état avant le soir ; mais non, ils ne veulent rien savoir, il y a des raisonnements que je ne comprendrais jamais !

Selon eux, il est préférable de poser des plaques de blindage sous les voitures (c'est là que j'aurai dû me méfier....), nous convenons de nous recontacter quand tout sera prêt.

Je les quitte, contrarié de faire la route en compagnie de moitiés d'épaves, achetées plus chères que la mienne qui plus est.

Chez des amis garagistes, je pose une plaque d'acier de 4 millimètres d'épaisseur sous le carter moteur, deux jours après avoir quitté mes co-voyageurs, je leur retéléphone.

Ils me disent qu'ils ne disposent pas du matériel pour mettre la plaque, de demander à mes copains s'ils peuvent venir l'ajuster dans leur garage, un peu gêné, je transmets la demande ; çà marche.

Deux jours après, c'est le départ, Eric, un copain au chômage, chanteur de rock dans les soirées des villages alentour, me demande s'il peut venir avec moi car il a envie d'aller au soleil, comme c'est un type décontract et sympa, je suis d'accord, il n'aura que sa bouffe et son billet de retour à payer.

Nous retrouvons les copains, il est temps qu'ils partent, ça sent le coup de couteau à brève échéance, la nana a quand même le temps de tordre le nez parce que j'embarque un passager ; je lui fais tout de suite comprendre que si çà ne lui plaît pas, c'est pareil, je ne me sens absolument pas tenu de voyager avec eux, ni de passer par Tamanrasset, çà radoucit de suite ; rapides adieux à leurs hôtes qui se retiennent à deux mains pour ne pas leur balancer les valises par la fenêtre.

Leurs deux voitures se révèlent aussi gourmandes en huile que ne l'était celle de ma précédente traversée, je les rassure en leur disant que sur les autos rustiques comme les 404 ce n'est pas très embêtant, je n'en suis pas si sûr, mais ma Maman m'a appris que plus tard on apprend une mauvaise nouvelle, mieux on se porte ; je leur mets du baume au cœur pour pas cher.

Traversée de l'Espagne au Maroc ; Eric a acheté du sheet à un dealer aussitôt passé la frontière marocaine pour fumer en route, ça ne me botte pas des masses, car se faire coincer avec cette came en Algérie, c'est l'embrouille grave pour pas grand chose, je lui demande de bien la planquer.

En Algérie, nous cherchons le premier marché venu pour changer des francs au noir, les commerçants sont faciles à brancher pour ce genre de transaction ; suivant le couple de copains, j'aperçois qu'un gamin les colle, tenant en équilibre un plateau d'œufs à ras du coude de la copine ; il est évident qu'au premier mouvement un peu brusque de sa part, il balancera le colis par terre pour leur faire payer la casse au prix fort, je lui tape sur l'épaule en lui faisant signe de dégager, il obtempère sans demander son reste.

Nous changeons autant de francs français que nous pensons en avoir besoin (2 dinars pour 1 franc au lieu de 1 dinar pour 1,80 francs au cours officiel), et nous voilà partis.

La chaussée est correcte jusqu'à El-Goléa, puis le goudron devient impraticable, la "route" n'est qu'un nivellement recouvert de 5 centimètres de macadam, un bruit court que la date de l'inauguration par le président avait été fixée bien longtemps à l'avance et que pour être dans l'étang (ho, pardon), les derniers 500 kilomètres furent bâclés, l'inauguration eut lieu en temps et en heure, trois jours après, la route était à peu près dans l'état lamentable dans lequel nous la trouvons.

Du coup, il nous faut emprunter un chemin qui la longe, les trous dans le goudron étant plus durs à supporter pour les suspensions que les creux plus arrondis de la piste. Nous voyons régulièrement des carcasses de combis WW, la plupart brûlées.

Je commence à regretter d'être passé par là plutôt que par Gao, même l'esprit des gens est différent, la route de Tam n'étant pas dangereuse, elle est très courue, ce n'est qu'un défilé de touristes avec leur cortège de cochonnes venant croquer de l'exotique ; les restaurants chers et pas aimables, touristiques, alors que peu de gens passent par le Tanezrouft et quasiment que des pros du business ; nous allons boire un coup dans un restaurant « typique », le patron, vautré dans un fauteuil, joue les hommes bleus avec son attirail complet de colifichets touaregs, takouba* comprise, il est entouré de teutones en pâmoison, quel clown !!!!!

Les autos des copains commencent à donner des signes de fatigue de plus en plus importants, les moteurs ne tirent plus, les ensablements sont de plus en plus fréquents, mes amortisseurs n'ont pas résisté, mettant la gomme pour passer une plaque de fech-fech*, après plusieurs rebonds, l'avant de ma voiture se vautre sur une grosse pierre fichée au milieu du chemin sablonneux, heureusement que j'ai suivi le conseil de poser la plaque de blindage, celle-ci est complètement défoncée, le carter moteur est tordu mais pas percé, la traverse avant du châssis est complètement écrasée et remontée de 10 centimètres, le radiateur rehaussé m'empêche de refermer le capot qui s'est ouvert sous le choc, je vire la protection désormais inutile.

Tamanrasset, nous allons visiter une source au fond d'une grotte très fraîche, on y puise l'eau à même une grande cuvette apparemment naturelle creusée dans le sol, une dizaine de vieux sont assis autour, et bavardent tranquillement, cette caverne est à tout le monde, nul n'a tenté de la monopoliser comme on pourrait s'y attendre en France ; Nous nous envoyons deux ou trois rasades de cette eau naturellement gazeuse, puis, après avoir salué l'assistance nous sortons, coup de bambou du soleil ! (J'irai plusieurs années plus tard visiter l'ermitage du Père de Foucauld).

La copine branche un couple de Français à pied qui va à Niamey, ils se mettent d'accord pour payer leur participation au prix du taxi-brousse, le lendemain, nous repartons direction le Niger.

Le soir, nous tombons sur un spectacle dantesque ! Deux énormes autocars sont ensablés jusqu'à l'os, des tous-terrains 6x6* monstrueux essayent de les dégager avec des câbles et des plaques de désensablage type terrain d'aviation américain de la dernière guerre ; ces cars ont des compartiments donnant sur l'extérieur comme des boîtes de 80x80centimètres sous l'espace des sièges, visiblement ce sont les couchettes ; rugissements de moteurs, gueulantes, le tout éclairé par de puissants projecteurs ; prudemment, nous prenons quelques distances car si un câble de cette taille se rompt, il vous tue sur le coup !

Nous nous arrêtons à côté d'autres personnes et regardons le spectacle en mangeant tranquillement, dans le lot il y a une fille dotée d'un léger strabisme convergeant (mon faible) (accompagnée), ce qui ne nous empêche pas de bavarder tout le repas, elle me dit avoir entendu un bruit selon lequel, pour rentrer à tarif préférentiel (pour le moins), il faut prendre par Air-Afrique un billet d'avion Ouagadougou-Niamey, faire semblant de dormir à Niamey, la station d'après est Paris!

Bien que n'y croyant pas, je retiens la combine ; le lendemain matin, la nana me donne son adresse, puis, au revoir tout le monde, direction In-Guezzam, sortie d'Algérie.

Les autorités conseillant de s'accompagner d'un guide pour ne pas s'égarer, je prends un touareg qui descend vers le Sud. Ce bougre, ayant l'habitude de voyager sur un chameau, en me guidant par signes me fait ensabler à plusieurs reprises, rouler sur des branches armées d'énormes épines, me conduit dans des culs-de-sac pour voitures, je finis par lui faire comprendre que je vais me passer de ses conseils, de plus, quand on est ensablés, sa seigneurie ne daigne pas donner un coup de main. Nous marchons dans les cramcrams* qui se mettent partout et nous piquent, ils sont très durs à désincruster des vêtements.

Plusieurs fois, nous manquons nous entrecartonner car le terrain est couvert de buissons de plus en plus hauts et que pour ne pas bouffer le sable du véhicule précédent, nous ne nous suivons pas : roulant de front à 60 à l'heure à cause du sol mou, cachés par ces buissons, nous nous croisons plusieurs fois au sortir d'un fourré, malgré plusieurs frôlements nous arrivons sans plus d'incidents à Arlit où commence le bitume.

Arlit-Agadez, revêtement correct, arrivés en ville, le copain et sa femme décident de faire refaire le moteur d'une des voitures, je leur dis que probablement à Niamey ils auront des garagistes moins chers et une meilleure disponibilité de pièces détachées, rien à faire, ils se sont fait embobiner par un type qui dispose d'une cour et d'un seau d'outils, une journée passe, je vais visiter le copain pour voir où çà en est, le moteur est en morceaux ; ce qui n'est pas gênant en soi, mais par terre, dans la poussière, ce qui est plus embêtant, le "mécano", s'appuyant sur une pierre, est en train de mettre des coups de pointeau dans les coussinets de bielles, je lui demande l'intérêt de cette modification, il se lance dans une théorie fumeuse à laquelle je ne comprends que dalle, je lui dis que si les ingénieurs de la maison Peugeot ne jugent pas utile cette pratique, c'est qu'elle ne sert à rien et que je la pense plus nuisible qu'autre chose, le lascar se met à fulminer, je m'esbigne en me disant, que les copains se sont emmanchés dans une histoire d'où ils ne sont pas prêts de sortir.

Retournant au campement où nous avons installé nos pénates, je casse l'histoire à Eric, nous décidons de continuer seuls, car le camping coûteux est obligatoire, les restaus chers et nous ne sommes pas trop ferrés.

Le soir, j'annonce la couleur aux autres, ils tirent une tronche de quinze mètres de long, je leur dis qu'avant de commencer cette réparation, ils auraient pu m'en parler, leur explique notre prochain dénuement, et leur fait comprendre que de toutes façons, la décision est prise et que nous partons au matin prochain.

Leurs passagers proposent de continuer avec nous, je suis d'accord, à condition qu'ils règlent çà avec leurs convoyeurs actuels.

Départ le lendemain avec deux passagers en plus (comme l'ours), les copains font la gueule, ce qui ne me dérange pas plus que ça, car je n'ai pas le choix.

J'ai convenu avec nos passagers de partager les frais d'essence, ils sont gagnants car c'est moins cher et plus confortable que le taxi-brousse.

Les pneus commencent à crever régulièrement car les épines dans lesquelles j'avais roulé sous la conduite de mon fumeux touareg passent petit à petit à travers l'enveloppe du pneu, à ce rythme mes provisions de rustines fondent à vue d'œil, nous nous relayons pour regonfler les pneus à la pompe à main, à la fin nous en avons vraiment ras le bol, je finis par déchirer une couverture en quatre bandes que je plie entre la chambre à air et chaque pneu, il y a du mieux.

Tahoua, Birnin-Konni, puis Dogondoutchi, Dosso, mon pote me dit qu'ici eut lieu un fameux concert l'année précédente, nous continuons de crever régulièrement....

Niamey, nous allons nous déclarer au commissariat central.

Il faut que je trouve un garagiste susceptible de me redresser la traverse avant, car ma voiture a vraiment une sale tronche, il vaut mieux régler ce problème avant d'arriver au Bénin.

Je lâche donc les copains à la maison des jeunes et vais vadrouiller pour trouver le carrossier d'élite qui pourra me réparer le malheur ; un quart d'heure plus tard, j'ai trouvé l'homme qu'il me faut, nous nous entendons sur le prix, il est censé se mettre au travail immédiatement, me demande de payer d'avance, mais fort de mon expérience ivoirienne, je refuse tout net mais lui accorde une avance, lui laisse l'auto sans les clés, le Neiman position « Parking » (qui laisse le volant libre, mais ne permet pas de démarrer la voiture), je rejoins les copains et me prends une bonne douche, 2 heures après je reviens avec les amis pour voir où en est l'affaire, le soir est tombé, et nous projetons de casser une croûte dans l'un des petits restaurants indigènes qui pullulent dans le secteur.

Arrivé au garage, surprise, depuis que je suis parti, rien n'a avancé, aussitôt que j'ai tourné le dos, le type a lâché les outils et s'est éclipsé faire la fiesta avec mon oseille, je dis aux alentours que je vais dîner et que s'il n'a pas repris le boulot quand je reviendrai, j'irai à la police et demanderai à récupérer mon pognon.

Petit repas sympa, je retourne voir où en est mon affaire, la traverse déposée, mon loustic tape dessus gaillardement pour la redresser, je lui fais livrer une bière par un gamin pour l'encourager.

Le lendemain, petit déjeuner dans la rue, puis, je me pointe chez mon réparateur d'élite qui est en train de souder les pièces retapées.

A midi, la réparation est finie, je règle le solde, retourne à la maison de jeunes, mes covoituriers décident de continuer avec nous sur le Bénin.

Route tranquille, la frontière nigéro-béninoise est matérialisée par le fleuve Niger ; entre les deux frontières, il y a de grands singes genre rapides à canines de fauves, sale tronche, après avoir fermé les fenêtres, nous passons juste à côté sans qu'ils ne bougent, ce n'est pas près rassurant.

Arrivée au poste de douane béninois, corrida !

Les douaniers fouillent la voiture, plus pour faire leur marché, que pour réprimer les introductions illicites.

Faisant la sourde oreille à leurs sollicitations à peine voilées, je laisse mes passagers se faire taxer, une fois que tous les douaniers ont tous eu un petit quelque chose, nous pouvons repartir.

Bonne route jusqu'à Parakou, nous nous arrêtons dans un petit hôtel-restaurant dont Nestor, le patron (petit, front bombé, pète-sec) a vécu pas mal de temps en France, et tient solidement son établissement, les chambres sont chères, nous prenons l'option de dormir sur la terrasse pour 1000 francs CFA (20 francs français = 3€).

Le soir, nous allons en ville pour manger chez les mamas, un flic veut me mettre une prune, car un feu rouge arrière ne fonctionne plus, je remplace l'ampoule, mais il persiste à vouloir me ponctionner ; avant de payer, j'exige un reçu, le flic n'insiste pas en me disant, une note admirative dans la voix, et qui plus est, devant les copains « vous, vous êtes trop fort ! ».

La piste reprend à la sortie de Parakou, dans chaque ville ou village dans lesquels nous nous arrêtons, les enfants nous saluent en scandant « Yovo, yovo, bonsoir, çà va bien, merci.... » à maintes reprises, et sur tous les tons.

Savé, nous discutons avec le patron d'un boui-boui en buvant une « Béninoise », bière nationale faite avec ce que les brasseurs ont sous la main lors du mélange, maïs, sorgo, mil, farine de blé, riz, enfin, tout ce qui fermente, ce qui fait qu'elle n'a jamais le même goût.

Le bistrotier et ses potes nous disent qu'un Écossais est parti dans les collines sacrées interdites, que l'on voit à gauche en face de sa buvette et qu'on ne l'a jamais revu, je pense en mon for intérieur que des lascars ont dû lui faire la peau. Reprise du goudron à la sortie de ce gros village.

Bohicon, carrefour de l'igname, nous y cassons la croûte.

Entrée de Cotonou, un panneau géant au-dessus de la route principale, en lettres énormes : "MORT AUX TRAITRES". Pas besoin de se déclarer au commissariat de police.

Nous renseignant pour savoir où loger à un prix raisonnable, nous atterrissons à l'hôtel "Babo", énorme bloc de béton de cinq étages (sans ascenseur bien sûr), avec une dizaine de chambres chacun, nous en prenons une pour quatre personnes, renseignement pris, les transactions automobiles se font au « Bénin palace », je m'y rends après la douche.

Les ventes de voitures se font légalement au Bénin, mais le racket local rend quasiment obligatoire une "commission" à des "intermédiaires" qui se trouvent sur place. Les clients potentiels se pointent au Bénin palace, ils sont aussitôt pris en main par les "intermédiaires" qui organisent la visite, toutes les autos (pour la plupart françaises) sont là pour ça.

Nous restons trois jours sans que j'aie de touche sérieuse, nous décidons d'aller au Togo voir s'il y a des acheteurs intéressés par les Peugeot.

Lomé, nous allons nous déclarer au commissariat. Les hôtels sont affreusement chers ; le coin est trop européanisé, pas d'hôtel Babo.

A la recherche d'un gîte abordable, nous tournons un peu dans la périphérie, pas mèche !!

De nuit, en pleine pampa, nous crevons encore une fois.

Nous ne pouvons dormir sur place à cause des moustiques à percussion. Nous frappons à la porte d'une maison isolée, un boy nous ouvre, une Anglaise arrive, je n'ai pas le temps d'en placer une qu'elle nous supplie de partir tout de suite car son mari va rentrer, visiblement, il la terrorise ; le boy ne parlant pas Français, j'en profite pour demander si elle a besoin d'un coup de main ou un message à faire parvenir à quelqu'un, elle ne veut que nous voir disparaître, après tout, c'est son affaire..........

A la lueur des phares, bouffé par les insectes, je retape la chambre à air, bientôt, elle sera trois fois plus lourde que l'originale !

Dans une banlieue, nous demandons à louer une chambre chez l'habitant, nous trouvons rapidement ; nous n'avons pas fini de nous installer que déboule une voiture bourrée de flics armes à la main, embarquement immédiat au commissariat principal de Lomé sans que nos loueurs nous proposent de remboursement.

Nous y restons toute la nuit sur des bancs en bois.

Le lendemain, le commissaire arrive (pas de bonne heure, bien sûr), heureusement que nous nous étions signalés, la populace nous ayant dénoncés comme mercenaires, sans cette précaution, c'était la tôle directe, et en Afrique, on sait quand on y entre, pour en sortir, c'est une autre paire de manches !!

Sortis, nous allons déguster d'excellentes salades, servies sur des tables et bancs de bois dans la rue, elles nous filent une chiasse carabinée.

Puis je décide de retourner au Bénin, car il n'y a pas moyen de vendre la brouette par ici.   

Je lâche tout le monde à l'hôtel Babo, puis retourne au Bénin Palace.

Tous les midis, l'électricité est coupée à deux reprises, pour faire sauter les parties de flippers en cours et que l'assistance puisse se régaler de l'Internationale qui précède l'un des magnifiques discours enregistrés de Matthieu Kérékou*, le soir, même topo, ce sont toujours les mêmes harangues (de la Baltique) qui reviennent.

Je vends rapidement la carriole sans donner une trop forte commission, me restent 420.000 francs C.F.A (8400 francs français = 1280€).

Il était temps de conclure !! J'ai dû céder mon appareil photo, et taper du pèze à mes passagers pour finir la route, et le mec (c'est lui qui argente) tord le nez.

Aussitôt de retour à l'hôtel, je rends illico son flouze à mon créancier, et, avec Eric, on va se taper une bonne cuite ; il se fait draguer par une petite ghanéenne craquante comme tout, ils roucoulent durant les trois jours que nous « durons » encore à Cotonou, vu l'argent qu'il me demande de lui prêter pour les adieux, il est content de ses services, ce sont ses oignons, touchant ses allocations chômage en France, il me remboursera plus tard.

Nous tenons toujours la colique rapide qui tord le ventre, Eric, se rendant à une pharmacie achète sans ordonnance de l'élixir parégorique (interdit à la vente libre en France), l'effet est radical.

Nous allons le soir déguster de petites soles éclatées dans l'huile de palme bouillante, de l'igname avec de la sauce, quelques fruits, tout cela à la lueur de petites lampes à pétrole faites dans des canettes de bière artistement découpées dont le dessus soudé, est doté de petits manchons pour tenir la mèche, il fait doux, je suis riche, les gens sont cools, tout est bien.....

J'achète un chouette fauteuil de bois massif 15.000 francs CFA (300 ff = 45€), le faire expédier en avion me coûte 900 ff = 137€.

Le lendemain, vers le port, je vois une librairie dont la vitrine est principalement réservée aux petits livres rouges de Mao Tsé Toung, ainsi qu'à de petites broches émaillées représentant Lénine, Staline et toute la clique.

Réfléchissant sur le moyen de remonter en France, je me dis que je n'ai aucune envie de me retaper la piste pour le retour ; Cotonou-Paris par Aéroflot coûtant entre 5 et 6000 ff, la conversation avec la petite nana de Tamanrasset me revient en mémoire, j'en parle aux copains, personne ne croit à l'histoire, mais Eric me dit que si je risque le coup, il le tente avec moi.

Nos passagers n'ont pas l'air de vouloir nous lâcher, le mec a des connaissances à Ouagadougou ; depuis Tamanrasset il nous rebat les oreilles d'une fameuse recette culinaire dont il se propose de nous faire profiter, ce sera l'occase ; Nous nous rendons à Jonquet, énorme station de taxis-brousse qui en partent à toute heure pour toutes les destinations, nous prenons un Cotonou-Lomé, car pour aller à Ouagadougou, le plus directe est de faire Lomé-Ouaga.

Lomé, nous allons boire un coup à l'Abreuvoir, un des bars où se retrouvent les touristes ; des balançoires pendues au plafond remplacent les tabourets de comptoir, nous éclusons une excellente bière allemande, la «Eku», les petites putes Ghanéennes (toutes princesses Achanti "authentiques") sont fidèles au poste, il faut dire qu'à la frontière Togo-Ghana, les changeurs donnent entre quinze et vingt fois le cours officiel C.F.A/Cedi, je soupçonne mon copain d'avoir donné pour trois jours de Nirvana, l'équivalent de deux ans d'émoluments d'un fonctionnaire ghanéen.

Lomé-Ouagadougou, à peu près huit cent bornes en 404 plateau, toujours 16 personnes derrière et 3 devant.

Arrivés à Ouaga, Eric et moi, trouvons un petit hôtel pas cher et sympa en rez-de-chaussée avec une petite cour au centre, style atrium sur laquelle donnent toutes les portes des chambres, nous gardons les bagages de nos coéquipiers qui partent en taxi chez leur copain, ils doivent revenir nous chercher pour les agapes promises depuis Tam.

La journée passe, personne ; en fin d'après-midi, arrivée en trombe du passager qui vient récupérer les affaires, il n'a pas le temps de nous en dire plus ; en fait, il file comme un pet sur une toile cirée se taper le ragoût sans nous, nous ne les reverrons ni l'un ni l'autre, quelle bande de hyènes !!!!!!!!

Le lendemain, je passe chez madame Air-Afrique prendre des billets Ouagadougou-Niamey ; 32400 francs C.F.A les deux, soit 324 francs français (49,40€) par tête de pipe, si ça marche, c'est raisonnable !!!!

Nous attendons deux jours en bronzant dans la cour pour éblouir les copines de Dordogne car là-bas c'est encore l'hiver.

Le soir d'embarquement, il fait une chaleur épouvantablement moite, l'aéroport est un tohu-bohu indescriptible, nous attendons, Artaban ne craint pas de concurrence de notre part !!!!!

Au guichet, premier écueil : le mec veut mettre ma valise en soute, j'aurais dû y penser !! Si celle-ci débarque à Niamey, elle est perdue ; j'y tiens car elle contient des pointes de flèches de silex taillé, bracelets anciens, poignards et autres matériels et souvenirs achetées aux Touaregs croisés sur la piste ou aux marchands de souvenirs de Gao; je dis à l'employé que j'ai oublié de confier un objet à quelqu'un, retourne avec mon pote sur le parking, jette la valise, des vêtements, sac de couchage et tout ce qui n'est pas achats typiques de ce voyage ; quand je reviens, je ressemble à Bibendum, malgré la température infâme, j'ai passé deux pulls et des chemises auxquels je tenais particulièrement, des bracelets de bronze-argent énormes autour des poignets, malgré mes manœuvres pour y échapper, je retombe sur le même type à l'enregistrement, il ne me reconnaît pas!

Nous embarquons, trouvons deux places côte à côte, je suis côté hublot, l'avion décolle.

Le plan prévoyant de faire semblant de dormir, nous nous y employons avec infiniment de conviction. Vingt minutes plus tard, les hôtesses se penchent sur chaque passager et lui demandent quelque chose que nous ne parvenons pas à saisir, arrive notre tour, la fille essaie de réveiller Eric, bien sûr, peine perdue ; il devient vite évident à son ton insistant, qu'il lui faut absolument une réponse, faisant semblant de me réveiller péniblement, je lui dis pour justifier notre profond sommeil que nous sommes malades et lui demande ce qu'elle veut, elle désire savoir si nous descendons à Niamey où Paris, je remarque qu'elle tient une planchette avec des papiers tenus par une pince, supposant qu'elle pointe les billets, je lui réponds que nous descendons à Niamey, sur quoi elle nous tend deux fiches à remplir par personne, l'une pour la douane l'autre pour la police nigérienne.

Consternation à Landerneau ! Dès qu'elle est passée, mon pote revient à la vie et s'inquiète de la suite des opérations, je lui dis « tant qu'on ne nous vire pas à coups de pompe au train, nous restons dans l'avion, le plan continue » ; à tout hasard nous remplissons les papiers puis les glissons dans les poches devant nous, l'avion pique maintenant sérieusement du nez, ça sent l'atterrissage imminent, nous reprenons notre somme en serrant furieusement les miches.

Atterrissage, les portes s'ouvrent, les gens sortent, une chaleur torride envahit la carlingue; quelques temps après, il n'y a plus de passagers dans le zingue, dix minutes passent, bien que nous ayons coulé dans nos sièges au maximum, l'hôtesse revient et commence à nous secouer l'un après l'autre de plus en plus fort, inutile de dire que nous ne bronchons pas! Finalement elle se lasse, dit « tant pis » et s'en va.

Nous restons ainsi pendant une bonne heure, situation inconfortable s'il en est ! Puis de nouveaux passagers commencent à monter ; apparemment, les places que nous occupons ne sont pas louées car il n'y a pas de réclamation, les portes se ferment, l'avion se met en bout de piste et roulez petits bolides !!!

Malgré la tension, nous parvenons à dormir pour de bon....

L'intégralité du récit (14 chapitres en tout) est diffusé par deux éditeur :

 

 
 
 

 

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La totalité du récit est consultable à titre gracieux pour ma famille et les amis, il suffit d'en faire la demande par courriel :

 

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